Trente ans après son assassinat, les parents, les proches et une grande frange de la jeunesse africaine et du monde toujours fascinée par les idéaux de ce révolutionnaire pragmatique du Burkinabé ainsi que des 12 de ses collaborateurs, verront enfin les présumés auteurs de son assassinat devant la justice. Mais pas tous. Deux d’entre eux sont aux abonnés absents. L’ancien président aujourd’hui en exil en Côte-d’Ivoire Blaise Compaoré présumé instigateur et donneur d’ordres et Hyacinthe Kafando meneur présumé du commando.
Dans le box des accusés ce lundi 11 octobre 2021, douze auteurs présumés de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara trente-quatre ans après les faits. Des faits qui remontent au 15 octobre 1985. Le capitaine Thomas Sankara, président du Burkina-Faso était en réunion avec douze de ses compagnons dans l’enceinte du Conseil de l’Entente. Un commando lourdement armé fait irruption et tue le président ainsi que toutes les personnes présentes à ses côtés ce jour-là.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1983, Thomas Sankara n’aura fait que quatre au pouvoir. Ce jeune capitaine surnommé le » Ché Guevara africain », qui a suscité tant d’espoir et de dignité sur le continent et au-delà, a été tué lors d’un putsch à 37 ans. Un putsch qui porta au pouvoir son compagnon et numéro deux du régime Blaise Compaoré accusé d’être le commanditaire de ce coup d’Etat sanglant.
L’ambition de Sankara était simple et louable : » décoloniser les mentalités » dans son Burkina natal mais aussi dans toute l’Afrique où ses idéaux révolutionnaires passionnaient plus d’un. Le procès qui s’ouvre ce matin 11 octobre à Ouagadougou la capitale de son pays, est celui des présumés auteurs qui ont mis un coup d’arrêt brutal au rêve de ce jeune capitaine quatre ans seulement après son arrivée au pouvoir. Plus de trente ans après sa disparition, le jeune capitaine reste toujours une icône tant sur le continent que dans le monde. Mais le jeune leader de la révolution, n’a pu réaliser son rêve d’affranchir son pays de la tutelle avilissante de l’ancienne puissance colonisatrice et le lancer véritablement sur la voie du développement et de l’autosuffisance. En 1987 il est assassiné, quatre ans après le coup d’État qui l’avait porté au pouvoir. Le procès des auteurs présumés de son assassinat, dont son ancien ami Blaise Compaoré qui lui a succédé et est resté au pouvoir pendant 27 ans, s’ouvre lundi à Ouagadougou au Burkina Faso où Thomas Sankara reste toujours une figure populaire et emblématique.
Désir de vérité et de justice
Ce procès est d’abord et avant tout un procès pour l’histoire. Un procès qui vise à faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé ce 15 octobre 1987 dans l’enceinte du Conseil de l’Entente. Éclairer les événements de l’assassinat du président Thomas Sankara et des 12 de ses collaborateurs tous froidement tués ce jeudi 15 octobre. Il est ensuite un procès qui vise à établir ou à déterminer la chaîne des responsabilités dans la survenance de ce tragique événement. Le ou les auteurs qui ont pris la décision de cet acte, qui l’ont commis mais aussi, celui ou ceux qui l’ont soutenu. Et enfin, la raison pour laquelle ils ont fait une telle chose. « Nous voulons savoir qui a pris la décision, qui a commis l’acte, qui l’a soutenu et pourquoi », déclare Céline Bamouni, la fille de Paulin Bamouni, directeur de la presse présidentielle de Thomas Sankara, tué lui aussi ce jour-là par le commando mené par Hyacinthe Kafando. Ce procès est donc d’abord celui de la vérité et ensuite de la justice.
Deux absents de taille pour un procès historique.
Le procès de Thomas Sankara est incontestablement, un procès historique tant sa personnalité est emblématique plus de trente ans après sa disparition. Il s’agit donc d’un procès pour l’histoire avec un dossier d’instruction de plus vingt mille pages, plus d’une soixantaine de témoins entendus et quatorze présumés auteurs. Mais seulement douze seront présents devant le tribunal militaire burkinabé à Ouagadougou. Deux d’entre eux et non des moindre, sont aux abonnés absents. Il s’agit de l’ancien président Blaise Compaoré chassé du pouvoir par la rue à la suite d’une insurrection populaire en 2014 après vingt-sept années de règne sans partage et aujourd’hui réfugié en Côte-d’Ivoire. Et de Hyacinthe Kafando, le meneur présumé du commando qui a tué Sankara, disparu depuis 2015. Ils seront donc jugés par contumace. Une grande déception pour les familles, le Burkina-Faso, l’Afrique mais aussi le monde. « C’est un procès que tout le monde attend. Pas seulement nous les familles, le peuple burkinabè, l’Afrique entière attend cette vérité. Ils ont une chance inouïe de pouvoir venir pour une fois assumer et faire face à leurs responsabilités. On espère malgré tout qu’on aura la vérité. » estime Aïda Kiemdé au micro de Rfi.

‘’Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés’’ si trente ans après son assassinat, le jeune leader de la révolution burkinabé continue d’alimenter le débat et susciter d’immenses vagues d’admiration auprès des jeunes du continent et du monde, c’est qu’il n’est pas mort. Sa présence reste toujours vivace dans les mémoires des vivants comme l’a écrit Jean d’Ormesson ‘‘il y a quelque chose de plus fort que la mort. C’est la présence des absents dans la mémoire des vivants’’. Sankara est sans conteste entré aux côtés de grands hommes qui ont donné leur vie pour la libération du continent, au ‘‘panthéon des héros africains qui fascinent toujours la jeunesse’’. Dans les imaginaires de cette jeunesse et dans la mémoire des vivants, ce capitaine anti-impérialiste et visionnaire restera toujours présent. Peu probable qu’il en soit ainsi de son principal présumé assassin, le commanditaire de sa mort, son compagnon aujourd’hui en exil loin de sa terre natale. Blaise Compaoré.
Nana B.